Il était une fois la biodanza

*Biodanza: Danse de la vie. Concept ayant jailli du cœur de Rolando Toro, anthropologue chilien qui le définit comme une poésie de la rencontre humaine*

Au cours d’un échange amical, j’évoque le vécu d’un stage de 4 jours portant sur le thème du féminin/masculin sacrés explorés via les figures archétypales de la mythologie grecque.
L’ami me demande: “& ça kessa t’a apporté quoi de danser les dieux et déesses ?”
Rembobinons la vidéo :

Samedi 28 avril 2018
11h dans un gîte près du Mas d’Azil (asile, comme le lieu où l’on cherche la tranquilité). Les membres du groupe arrivent au compte-goutte et s’installent. À son rythme, chacun prend ses marques. Toute vivencia (session de biodanza) est musicale. Toute vivencia commence par une ronde. Toute vivencia vise à se reconnecter au spontané. Pas de blabla. Gestes & les regard sont assez parlants comme ça.

« Au début, c’est largement plus simple de rester cachée derrière mes paupières… »

Je suis prisonnière du mental, mon corps le fait sentir. À la moindre croisée, mes yeux prennent la fuite et mes traits se livrent à certains tics de nervosité quand ils ne sont pas dans un effort étrange pour paraître de marbre. Bas les masques! Sus à la crispation!
Combien de temps dure le jeu d’une vivencia? Impossible de le savoir.  Traduction de mon cerveau: je suis impliquée toute entière.
Contacts. S’épancher dans les bras des sœurs et frères, des fils, des mères, moi toute petite Jeanne qui rit qui pleure…
Passages d’énergie, lumière: Je reçois, en garde un peu et redistribue le supplément ainsi que ce bonus impalpable, logé dans chacune de mes cellules.
Préconcepts, surtout en compagnie des hommes; Ces instincts qui me poussent à la méfiance. Culture de l’ambiguïté.
Détricoter le fil, assainir les rapports. Climax de tension enfantine: Il chuchote mon prénom et s’amuse à ne pas être là où je l’attends; Les yeux fermés, je me laisse guider. Jouer à cesser d’attendre.
Jouer à se laisser surprendre. Frissons sous le coton des vêtements. Mon prénom doucement prononcé, le même prénom avec un point d’interrogation, ce prénom de côté, devant, dans mon cou, tout autour. Nous inversons les rôles et je m’amuse encore plus à guider cet inconnu dont j’observe l’ »hésitance mutine »à la dérobée.
Incantation: S’il te plaît cœur, place de l’universel dans mon toucher. Lève le voile sur les confusions entretenues par notre
société. Tous frères sur la même embarcation, on cherche juste à libérer nos âmes fragiles.
Faire monter l’énergie du sol au ciel sans cesser de revenir au cœur. Vibrance du faire ensemble autour de la percée cosmique placée au centre de la pièce.
Franchir le cap qui sépare l’ordinaire du monde magique. Un grand pas en avant… Chacun part dans sa danse personnelle. Je m’offre comme je suis. à genoux, incapable de bouger. Paralysée. Un trop-plein énorme à déverser.
Nettoyer. Ayant atteint mes limites, je finis par sortir. “Éviter les débordements”. Pourquoi ai-je peur de moi? Difficulté de se retrouver face à soi. La facilitatrice (nom que portent les organisateurs de vivencia) vient me chercher: “Ne rate pas le final, c’est le meilleur, tous ensemble, une ronde dansante encore, c’est bien pour toi” ! Déshabituée à savoir ce qui est bon pour moi… Besoin d’une guide pour comprendre que bouger nos corps en cœur, croiser nos vrais regards, et nous prendre dans les bras, c’est définitivement bon pour moi?

Dimanche 29

Retrouver la femme sauvage, celle qui danse avec les loups**

** «Femmes qui courent avec les loups», ouvrage de la chamane Clarissa Pinkola Estès.

Danses d’Athéna, Artémis, Hadès, Héra, Aphrodite, Déméter et Perséphone.

Incarner par le mouvement la guerrière, celle qui vise juste, qui vise loin, regard et geste clairs. Celle qui pèse et tranche avec son cœur.
Retrouver Artémis, déesse de la forêt, des arbres, fleurs, animaux et tout ce petit monde miraculeux. Artémis, libre et pure… Vierge indomptable.
Une armée de baisers. Portées par Gaïa, inspirées par la sororité. Ensemble puis en solitaire.
Explorer la dimension sacrée. Puiser son pouvoir dans la symbolique pour se mettre au service de soi, puis celui des autres. Après-midi de soins entre femmes qui réchauffent la pièce de leurs caresses. Massage à 4 mains aussi beau qu’une naissance. Deux fées posent une pluie d’étoiles sur mon corps. Quand j’ouvre les yeux, elles sont là, à me bercer de leurs mains doucement posées sur mon ventre, centre féminin qui ne demande qu’à être adoré. Puissant réconfort.

Célébrer la beauté, honorer la densité du corps: Nous sommes toutes des muses dans la représentation du vivant. Remercier le ciel, virevolter. Savourer ce qu’il y a d’aphrodisiaque dans chaque pas. Héra, la terriblement jalouse protectrice du foyer. À chacune d’en tirer le meilleur. Je me sens étrangère à cette danse, tandis que d’autres femmes la vivent pleinement, montrant là qu’elles n’ont pas peur d’aimer.
Déméter ensuite, suit sa fille, main posée sur son épaule. Perséphone la sent à peine mais avance, assurée. Elle se retourne dès qu’elle se sent prête à quitter sa sécurité. Un dernier regard d’amour avant d’entrer dans la nouvelle partie de sa vie. Je me sens déchirée par l’absence, piégée entre deux mondes, inapte à faire le moindre choix… Paupières closes, j’entends les sanglots d’autres femmes et me laisse submerger. D’après le mythe, Déméter est tellement triste de cette séparation que bientôt plus rien ne pousse, toute vie sur terre disparait. Le chagrin dévore les champs du possible, réduit le fertile en ruine. Un jour, Perséphone revient vers sa mère. Ces retrouvailles auraient fait paraître les saisons. Célébrons le printemps! Dans un éclat de joie, je prends “ma mère”, petite plume, à grands bras & la fais tournoyer. Dans notre étreinte bondissante et ses larmes de plénitude, je renais.
Pleine lune accueillie par un rituel des sourcières en file indienne. Le dehors nocturne est aussi frais que lumineux!
Main dans la main, nous admirons cette source d’énergie lointaine que nous portons toutes à l’intérieur de nous.

Lundi 30

Douceur du matin sous l’énorme châtaigner en fleurs. Chargée à bloc par les rayonnements lumineux.
Apaisée par le flux de l’eau glissant sur ma peau. Dans le miroir, des yeux vifs. Salle de vivencia, les femmes dansent déjà. Merveilles ondulantes en fusion mélodique.

Dans quelques heures, nous retrouvons les hommes. Un mot, une phrase: Tour de parole.

Appréhensions de femmes sauvages qui se voyaient bien rester entre elles dans la forêt. Elles me fascinent. Me bouleversent par leur sincérité. Reliées. Toutes. Par un indestructible fil que nul ne voit. Ronde formée autour du puit de lumière. Une dernière danse entre nous. Ultime bain dans un lac sonore, tranquille et profond. Bientôt, perçant le silence, une main chaude, ferme et décidée me sépare doucement de ma compagne de droite. Les sanglots montent. Accepter cette part de masculin tout près. Accepter cette part à l’intérieur de moi.

Nous rouvrons les yeux. Ils sont de retour parmi nous. Étrange sensation: C’est comme s’ils n’étaient jamais partis. Le cercle se rompt. Les hommes vont veiller sur les femmes qui se placent au centre. Jusqu’au noyau central nous partons en voyage dans notre terre. Je garde les mains cramponnées sur mon ventre, agenouillée, pliée, jusqu’à ce que le dos se relève et que les mains s’ouvrent vers le ciel. Je donne mon accord pour recevoir.
Le cercle se métamorphose, nous devenons les gardiennes des hommes, garantes de leur joie d’enfant…

Rituel autour des eaux ayant capté l’énergie de la pleine lune. Trois musiques superbes afin de marquer les différentes étapes. Une
personne en accueille une autre et pose les mains sur son cœur. Une troisième passe de l’eau sur ses pieds. Et masse doucement. Trinité.
Purification. Renaissance. Sanctifiée par d’infiniment doux baisers.Trinité. Merci. Merci. Merci.

– « Alors, Ça t’a servi à quoi de danser les déesses et les dieux? »
– « Je me suis simplement sentie heureuse et vivante du fond des tripes aux bouts des doigts… »

Je suis Artémis, compagne éternelle des oiseaux

Je suis aussi Athéna, éprise à jamais de justesse

Je suis Dionysos, fervent adepte de liesse

Je suis Aphrodite folle amoureuse du beau

Delta Prime

Un commentaire

  1. Très joli texte, bravo pour le partage sensoriel de ton expérience, plein de bonnes choses

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