2ème Chapitre: School WithOut Frontiers.
Je traverse la mer adriatique et débarque à Patras, ville la plus importante du Péloponnèse. Le jour même, je parcours la péninsule d’Ouest en Est pour rejoindre Plytra, notre lieu de rendez-vous. Je suis en avance sur le reste du groupe. Après une nuit de bivouac sur le village, je décide alors d’explorer les alentours. Je me laisse tenter par l’idée de gravir le python rocheux qui surplombe le village. En montant sur la colline, je découvre un paysage grandiose, une vue plongeante sur le golfe de Laconie, entouré de montagnes vertigineuses. La rencontre malencontreuse avec une steppe dense et épineuse me barre le passage et m’empêche d’atteindre l’objectif de me hisser sur le sommet de Plytra.
World schooling autumnomy
Le soir même, je retrouve Sabine, Lonaïs, Electra, Joyce et Evangielos notre hôte. Bien que j’ignore encore en quoi peut consister l’évènement «worldschooling autumnomy », je connais désormais la plupart des personnes avec qui je cohabiterai pendant une période de 5 jours.
Le lendemain, Sabine et Lonaïs, les deux membres organisateurs de l’évènement que j’ai connu à Toulouse, ouvrent le bal en lançant un « morning circle ». Les présentations, salutations, méditations, jeux, qui rythment ce cercle montrent l’importance qu’accordent les deux organisateurs à la confiance mutuelle. J’avoue être agréablement surpris par les efforts d’inclusion que réalisent les autres participants de l’évènement à mon égard. Ici, tout le monde maîtrise parfaitement le grec ! Pourtant, toutes les personnes présentes font l’effort de s’exprimer en anglais, tout cela pour que je puisse comprendre.

Nous élaborerons par la suite un Kanban, outil issu de la méthodologie agile, utilisé au sein du mouvement « Agile Learning ». Ce mouvement éducatif reprend la méthodologie de management entrepreneurial agile pour créer un système éducatif basé sur une certaine flexibilité, souplesse et adaptation des méthodes d’enseignement conventionnelles. Le mouvement « Agile Learning » vise à créer une école démocratique auto géré où tous les participants ont le droit de s’exprimer sur le contenu et la forme de l’apprentissage qu’ils souhaitent pratiquer. Les fondements de cette méthode reposent sur les quatre racines de l’« Agile Tree » : l’enseignement ne peut-être forcé ; l’élève est libre de choisir ce qu’il souhaite apprendre ; l’élève apprend grâce a des expériences concrètes ; l’apprentissage se déroule en quatre étapes que réalise lui même l’élève (intentions ou objectifs, réalisation ou action, bilan de ses actions, partage et discussion des actions réalisées avec les autres participants). Le Kanban que nous réalisons doit donc nous servir à élaborer un planning de la semaine. Tout le monde y participe ! Nous faisons alors le tour des envies de chacun afin de lister les différentes possibilités d’ateliers, d’activités culturelles que chacun souhaite réaliser ou mettre en place. Il s’agit de structurer un emploi du temps grâce à un système d’offre et de demande, en fonction des envies, des compétences et disponibilités de chacun.

Cf :
Les activités prennent formes. Au programme, visite de la ville engloutie, coucher de soleil depuis le fort situé sur une falaise qui domine la ville, atelier little story big story (atelier sur lequel on raconte notre vision du monde, et notre petite histoire au sein de la grande). L’évènement est ponctué de nombreux jeux ainsi que d’instants guitare avec Lonaïs. J’apprends également l’alphabet grec avec Sabine.
Le séminaire de permaculture.
Le world schooling autumnomy de Plytra nous emmène sur l’éco-projet de Southern Lights, où Sheila (la propriétaire des lieux) nous a invité pour participer au séminaire de permaculture organisé sur le site.
En savoir plus sur https://www.lalanguefrancaise.com/general/ecrire-majuscules-a-e-i-o-u-a-e-i-o-u-a-ae-ae-c-e-e-oe-oe-u-extension-chrome/
À notre arrivée sur les lieux, Giuseppe (le coordinateur du séminaire) lance un grand « morning circle » composé d’une quarantaine de personnes, autour de la piscine peuplée de nombreuses carpes. Le thème de ce cercle est en adéquation avec des principes de base de permaculture « integrating rather than segregating ». Chaque personne est invitée si elle le souhaite, à raconter une petite histoire ou une anecdote vécue qui parle d’inclusion.
À la fin de cet instant inclusif, Sheila, nous emmène dans l’orangeraie et nous montre la parcelle cultivée selon des principes d’agroforesterie. Une partie du projet est totalement expérimentale. En effet, plus de 80 espèces végétales sont présentes sur les lieux. Ici, dans le Sud du Péloponnèse, elle a déjà remarqué les influences du réchauffement climatiques nous avoue-t-elle. Elle nous affirme que la zone subit désormais des influences sub-tropicales. C’est la raison pour laquelle des arbres fruitiers tropicaux ont déjà été planté. Sur les lieux on peut trouver des espèces comme des mangues, des papayes, des chirimoyas (chérimoliers), des bananes ou encore des fruits de la passion.
Sheila aborde ensuite le thème du séminaire et l’origine de cette idée basée sur la création de lien, le vivre ensemble, la proximité avec la nature et l’expérimentation de vie en communauté. L’événement est organisé et financé dans le cadre du programme européen Erasmus +. La rencontre multiculturelle entre le séminaire de permaculture et le world schooling of autumnomy rassemble donc des personnes venues de très nombreux horizons différents. Des finlandais(es), danois(es), portugais(e)s, grec(que)s, italien(ne)s, français(es), australiens, brésiliennes, anglaises sont présent(e)s sur les lieux.
Après le repas vegan du midi et un grain tropical qui passait par là, nous assistons aux trois présentations théâtrales sur les thèmes de l’agroforesterie, de la permaculture, et du management de la terre, qu’ont préparé les participants du séminaire. C’est à ce moment là que j’entends parler pour la première fois du concept de permaculture « Scale of permanence ». Cet outil, consiste à établir le design d’un terrain en priorisant l’intervention humaine sur les facteurs naturels clés, selon un ordre établi. Ces interventions passent donc par une importante étape d’étude et d’observation du terrain.

En suivant les présentations, c’est au tour de Sabine et Lonaïs d’intervenir. Commence alors, une longue série de jeu collectifs conviviaux dont ils ont le secret, dans le but de créer un climat de confiance et de bienveillance. Après une présentation interactive du projet, chacun est invité, s’il le souhaite, à se prononcer sur ce, à quoi lui fait penser le concept d’école. Je dois avouer que dans les différents endroits où j’ai assisté à la présentation du projet « School WithOut Frontiers », une tendance se dégage clairement. La plupart des mots mentionnés sont durs et péjoratifs. C’est à ce moment que Lonaïs choisit de nous expliquer l’étymologie du mot école, équivalent du mot « school », en anglais. Ce mot, est de racine grecque « Skholè » (σχολή), signifie loisir, temps libre. Le concept d’école est donc lié au plaisir, au temps que l’on a pour soit, dédié à apprendre. Pourtant, à travers cet échange et cette tendance générale qui se répète, il semblerait que les différentes expériences scolaires vécues ont bien été contraignantes pour la plupart d’entre nous. Elles sont le témoignage d’expérience négatives ou encore liberticides.

Une discussion profonde s’engage alors sur les différents systèmes éducatifs européens. Des finlandaises témoignent. Le système finlandais est réputé, pour être selon certains classements et critère, le meilleur du monde. Au delà des points fort que présente ce système, elles mettent en évidences certains aspects négatif. Elles déconstruisent les fausses idées, dénoncent la propagande mais aussi les politiques compétitives qui se cache derrière une éducation qui désire rester à la pointe des classements éducatifs mondiaux. Nous abordons par la suite le thème de l’école autonome et indépendante. Sabine présente le concept des « sudbury school ».
Ces écoles sont basées sur des principes de démocratie directe et les élèves sont impliqués dans les processus de décisions. Ils sont responsables de leur propre éducation et élaborent eux même leur programme.
Le duo nous présente ensuite leur nouveau projet « School WithOut Frontiers ». Ce mouvement supporte et promeut une éducation démocratique. Elle peut-être itinérante et inclure certains principes du mouvement « Agile Learning ». Il s’agit donc d’un projet expérimental basé sur le partage de connaissance, ouvert à tout le monde où qu’il soit. L’idée est de sortir des sentiers éducatifs battus et de construire des espaces de rencontre où tout le monde a la possibilité d’apprendre, d’enrichir ses connaissances et de contribuer à la création d’une éducation libre et autonome. Pour cela le projet « School WithOut Frontiers » voyage donc actuellement sur le tapis volant, une école itinérante qui organise des évènements avec des thématiques précises. Sabine et Lonaïs organisent également des évènements plus courts tel que des « pop-up school » ayant bien souvent lieu sur des places publiques. Ils co-construisent également un laboratoire contenant des outils pédagogiques en libre disposition. Tout cela sous le symbole d’une spirale montante, qui symbolise une évolution de conscience, pour grandir et s’épanouir tous ensemble.
L’échange profond que nous avons eu ce jour, où chacun fut libre de refaire le monde et de s’exprimer sur les carences d’un système éducatif à la dérive, a duré des heures. Il fut la preuve certaine que lorsque des espaces sont aménagés en conséquence, les êtres humains (certes européens et sans soute privilégiés) développent des capacités de discussion et de transmission intéressantes. Ce jour là ils se sont mis d’accord sur un point bien précis. Le système éducatif actuel ne convient pas à la grande majorité d’entre nous. Il s’éloigne fortement de ses propres valeurs initiales basées sur le plaisir de l’apprentissage.
De retour à Plytra, nous sommes rejoint par Maro et ses enfants pour le week-end. Maro, tout comme Evangielos, Electra et Lonaïs fait partie de l’institution EUDEC (Communauté Européenne pour l’Education Démocratique). Toutes ces personnes qui se connaissent bien, critiquent fortement la qualité et la forme d’enseignement public grec actuelle. Ils luttent ensemble pour trouver des solutions alternatives au système en vigueur dans lequel la scolarisation à domicile est interdite.
Les traditionnels « morning circle » continuent de rythmer nos journées pendant lesquels les jeux prennent d’avantage de place, étant donné la présence des enfants. Malgré un rythme de vie quotidienne plus lent que lorsque nous étions moins nombreux, nous parvenons tout de même à faire une belle escapade. Notre chemin nous mène jusqu’à Monemvassia, une ville fortifiée, historique du Péloponnèse. Un soir, quelques jour après mon échec, nous parvenons enfin à nous frayer un chemin dans la steppe pour accéder au python rocheux qui surplombe le village de Plytra.

Les cours de guitare avec Amarissa (une des filles de Maro) et les délicieux repas vegan d’Evangielos touchent à leur fin. Le dimanche soir notre séjour et cohabitation se termine. Je suis honoré par l’accueil que toutes ces personnes m’ont réservé. Il s’agit pour moi à ce jour d’une expérience unique. C’est la première fois que j’ai eu l’occasion de cohabiter de cette manière avec des enfants en bas âge. Malgré la déception d’avoir dû m’adapter à un rythme trop lent à mon goût et la frustration que nous n’ayons pu réaliser plus d’ateliers en lien avec le thème de l’école autonome, l’essentiel est ailleurs. Nous avons partagé des moments forts et joyeux. Pour ma part l’aventure sur le tapis volant de School WithOut Frontiers continue. Avec Sabine et Lonaïs, nous prenons maintenant la direction de Corinthe où a lieu un deuxième « Scholus Pocus » sur le thème du surcyclage (Cycle up), dans un endroit totalement atypique, la maison de Tina et Ilias.
