Derrière le masque

Propos de Patrick Viveret, tirés de « 30 ans après mai 68, que reste-t-il des rêves égalitaires ? » (Débat, 1998)

« Et je retrouve dans les questions contemporaines (…), derrière le masque de la crise et de la guerre économique, une situation dans laquelle les vrais problèmes qui sont posés, concernent les questions de l’au-delà du modèle de production industriel, de l’au-delà du métro-boulot-dodo, qui étaient dans les questions portées par 68.
Le travail subit une telle mutation que la question “Que faire du temps de travail ?” ne se pose plus ainsi, et que de plus en plus la question du “Que faisons-nous dans la vie ?”, qui est la question du travail, se déplace vers “Que faisons-nous de notre vie ?”, c’est-à-dire justement un débat sur changer la vie et changer de vie. Quant à la question du “comment ne pas perdre sa vie à la gagner” elle me paraît être de plus en plus centrale…


Bref, toutes les questions que pose par exemple le livre d’André Gorz, Misère du présent, richesse du possible, me paraissent illustrer le fait que la plupart des questions de 68 sont devant nous et que nous sommes en train de subir une formidable construction, à la fois pratique et théorique, qui veut au contraire nous faire croire que nous serions uniquement confrontés au problème du travail, de la survie, etc. Peut-être que si j’avais vécu 68 uniquement à travers le cadre organisationnel et militant, pour moi 68 serait fini. Mais le fait de l’avoir vécu au contraire beaucoup plus sous l’angle du mode de vie et des transformations culturelles, continue à être un élément structurant dans ma vie actuelle.

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